Techniques de mouvement en escalade : le répertoire de base

Par Yohan9 min de lecture

En bref

Quelles sont les techniques de base en escalade ?

Les techniques qui débloquent le plus de mouvements sont la lolotte, le dülfer, le croisé, le drapeau et le changement de pied. Elles servent toutes à la même chose : rapprocher le bassin du mur et transférer la charge des bras vers les jambes.

Dans cet article

Un grimpeur qui progresse vite n’est pas celui qui tire le plus fort. C’est celui qui a un répertoire de mouvements disponible sans réfléchir.

Voilà les techniques qui rapportent le plus, et ce qu’elles ont toutes en commun : elles rapprochent ton bassin du mur et déplacent l’effort des bras vers les jambes.

Le dülfer

Une opposition. Tes mains tirent d’un côté, tes pieds poussent de l’autre, et c’est cette tension croisée qui te tient.

Le terrain type, c’est l’arête, le dièdre, la fissure. Tu attrapes le bord, tu poses les pieds à plat contre la face opposée, et tu montes en gardant la tension. Si tu relâches, tu tournes et tu tombes.

Les points qui font que ça marche ou non :

Les bras restent tendus. C’est contre-intuitif. Plier les bras en dülfer te fatigue en dix secondes. La tension doit venir du gainage, pas des biceps.

Les pieds montent avant les mains. Sinon l’angle s’ouvre et l’opposition se perd.

Le regard suit la ligne. En dülfer, on a tendance à coller le nez au mur. Regarde où tu vas.

Le dülfer est la technique la moins travaillée en salle, parce que les salles ouvrent peu d’arêtes et de dièdres. C’est pourtant elle qui débloque le plus de choses en falaise.

Le croisé

Tu passes une main par-dessus ou par-dessous l’autre pour atteindre une prise éloignée latéralement, sans déplacer les pieds.

Ça paraît évident et beaucoup de grimpeurs ne le font jamais. Ils préfèrent enchaîner deux mouvements là où un croisé suffirait, ce qui coûte deux fois plus d’énergie.

Deux règles :

Croiser par-dessus quand la prise visée est haute et que tu as de la place. Croiser par-dessous quand elle est basse ou que le mur est déversant.

Et surtout : décide avant de partir. Un croisé entamé puis annulé en cours de route est le meilleur moyen de se retrouver vrillé sans solution.

Un membre nous écrivait à propos d’un mouvement qui bloquait : « je pense le croisé est pas possible mais sinon entraîne toi juste à trouver une position pour changer ». C’est exactement le bon réflexe : tester, écarter, chercher autre chose.

Le drapeau

Une jambe reste dans le vide et sert de contrepoids pour t’empêcher de tourner.

C’est la technique la plus économique du lot, parce qu’elle ne demande aucune force. Elle demande juste de comprendre que ton corps est un balancier.

Trois variantes :

Le drapeau extérieur. La jambe libre part du même côté que la main qui tire. Le plus courant.

Le drapeau intérieur. La jambe libre passe derrière la jambe d’appui, de l’autre côté. Utile quand la prise de pied est du mauvais côté.

Le drapeau avant. La jambe passe devant. Plus rare, surtout en dalle.

Le repère qui ne trompe pas : si tu sens que ton corps veut tourner comme une porte, il te manque un drapeau.

Le changement de pied

Remplacer un pied par l’autre sur la même prise. Banal, et raté par presque tout le monde.

Les trois méthodes :

Le saut. Tu retires et tu remplaces d’un coup sec. Rapide, imprécis, bruyant. À éviter sur du petit.

Le glissé. Tu fais glisser le premier pied sur le côté de la prise pendant que le second arrive. Précis, silencieux, mais demande de la place.

Le par-dessus. Tu poses le deuxième pied sur le premier et tu retires le premier en le faisant descendre. La plus fiable sur les prises minuscules.

Un membre nous a écrit sa propre méthode : « pour faire des changements de pied moi ce que je fais c’est que en fait je fais passer ma jambe qui va prendre la prise à la place de l’autre par-dessus et en fait je viens faire glisser ». C’est exactement la troisième.

Test rapide : si tes changements de pied font du bruit, ils sont approximatifs. La précision se mesure au son.

Le yaniro

Aussi appelée figure de quatre. Tu passes une jambe par-dessus le bras opposé et tu pousses dessus pour gagner de la hauteur.

C’est spectaculaire et c’est le mouvement le plus surestimé de cette liste. Il sert dans des situations très précises : dévers fort, bonne prise de main, aucune prise de pied utilisable.

Autrement dit, presque jamais en salle, un peu plus en dry-tooling et sur certains toits.

Si tu débutes, oublie-le. Si tu grimpes fort et que tu tombes toujours au même endroit dans un toit, il peut être la solution.

La lolotte

Elle mérite son propre article, parce que c’est probablement celle qui change le plus de choses entre le 6a et le 6c : la lolotte en escalade.

Ce qu’elles ont toutes en commun

Trois principes, et si tu ne retiens que ça, c’est déjà beaucoup.

Rapprocher le bassin du mur. Plus ton centre de gravité est proche de la paroi, moins tes bras travaillent. Lolotte, dülfer, drapeau : toutes font ça.

Pousser avec les jambes. Les jambes sont bien plus fortes et bien plus endurantes que les bras. Un grimpeur qui tire tout dans les bras est pompé en six mouvements.

Anticiper. Chacune de ces techniques se décide avant de bouger, pas en cours de mouvement. C’est pour ça que la lecture de voie compte autant que la force.

Comment les travailler

La méthode qui marche, c’est la contrainte volontaire, et elle est simple.

Prends un bloc ou une voie deux crans sous ton niveau. Impose-toi une seule technique pour toute la séance. Séance drapeau : chaque mouvement se fait avec un drapeau, même ceux qui n’en ont pas besoin.

Ce sera moche et inefficace. Ce n’est pas le but. Le but est que le geste devienne disponible sans y penser, et ça prend trois ou quatre séances par technique.

Un membre décrivait ce type d’exercice : « the air is lava trop chouette comme exo j’adore ». Un autre, sur une séance de gestuelle : « j’ai profité de l’exo de gestu pour finir un bloc noir donc trop content ».

Filme-toi. C’est le moyen le plus rapide de voir l’écart entre ce que tu crois faire et ce que tu fais. De l’intérieur, on a toujours l’impression d’être plus propre qu’on ne l’est.

Technique ou physique

La question qui décide de tes six prochains mois.

Si ton problème est technique, faire des suspensions ne changera rien. Si ton problème est la force des doigts, travailler le drapeau ne changera rien non plus. Et de l’intérieur, on se trompe très souvent.

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Pour la suite : les préhensions en escalade si c’est la main qui bloque, et les exercices d’entraînement pour structurer tes séances.

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