La lolotte en escalade : à quoi ça sert et comment la placer
Par Yohan7 min de lecture
En bref
C'est quoi la lolotte en escalade ?
La lolotte est une position où tu fais pivoter ton genou vers l'intérieur et vers le bas pour amener ton bassin contre le mur. Elle sert surtout en dévers : en rapprochant ton centre de gravité de la paroi, elle décharge tes bras et t'allonge de plusieurs centimètres.
Dans cet article
Il y a un moment, en dévers, où tu comprends que la force ne suffira pas. Tu tires comme un forcené, tes pieds partent, et la prise suivante reste à dix centimètres.
La lolotte règle une bonne partie de ce problème. C’est probablement la technique qui change le plus de choses entre un grimpeur de 6a et un grimpeur de 6c.
Ce que c’est, concrètement
Tu fais pivoter ton genou vers l’intérieur et vers le bas, en tournant la hanche, jusqu’à ce que ton bassin vienne se coller au mur.
On l’appelle aussi « égyptienne », et en anglais drop knee. C’est la même chose.
Le principe physique tient en une phrase : plus ton bassin est proche du mur, moins tes bras travaillent. Quand ton corps pend loin de la paroi, tes bras doivent compenser tout l’écart. Quand ton bassin est plaqué, ton poids repose sur tes jambes, qui sont beaucoup plus endurantes.
Et il y a un bénéfice secondaire que les gens sous-estiment : la rotation du bassin t’allonge. Sur un mouvement où tu es à quelques centimètres de la prise, la lolotte suffit souvent à combler l’écart sans avoir à sauter.
Quand elle sert vraiment
En dévers, d’abord. C’est là qu’elle est le plus rentable, parce que c’est là que le corps a le plus tendance à pendre.
Sur les mouvements longs, ensuite. Si tu es tendu au maximum et qu’il te manque peu, avant de partir en jeté, essaie de tourner.
Dans les positions de repos, aussi. Une bonne lolotte permet parfois de lâcher une main pour secouer, sur un pas où tu croyais devoir enchaîner.
Et sur les arêtes et les dièdres, où l’opposition entre les deux jambes devient naturelle.
Où elle ne sert pas
C’est important, parce que beaucoup de grimpeurs la découvrent et la mettent partout.
En dalle et en vertical, elle n’apporte presque rien : ton bassin est déjà proche du mur, il n’y a pas d’écart à rattraper. Tu perdras plus de temps à te placer que ce que tu gagneras.
Sur des pieds très petits, elle est risquée. La rotation change l’angle d’appui, et un graton qui tenait en pointe classique peut lâcher en lolotte.
Elle sollicite aussi beaucoup la hanche et le genou. Si tu manques de mobilité, tu vas forcer sur une articulation dans une position contrainte, et c’est un bon moyen de te faire mal. On en parle plus loin.
Comment la déclencher
Voilà la décomposition que j’utilise quand je l’explique à quelqu’un qui ne l’a jamais faite.
1. Choisis le bon pied. C’est le pied du même côté que la main que tu vas envoyer. Si tu pars main droite, c’est le pied droit qui tourne. C’est contre-intuitif au début et c’est l’erreur numéro un.
2. Pose la pointe, pas le milieu du chausson. La rotation ne se fait proprement que sur la pointe. Si tu poses à plat, ton pied va tourner dans le chausson au lieu que ce soit ton corps qui tourne.
3. Tourne le genou vers l’intérieur et vers le bas. Le genou part vers ton autre jambe, puis descend. Ce n’est pas un mouvement latéral, c’est une rotation.
4. Pousse. C’est la partie que tout le monde oublie. La lolotte n’est pas une position, c’est une poussée. Une fois placé, tu pousses sur cette jambe pour monter.
5. Envoie la main. Ton bassin est au mur, ton épaule est déjà plus haute, la prise est plus proche qu’elle ne l’était.
Le test qui ne trompe pas : si tu sens tes bras se détendre au moment où tu tournes, c’est bon. Si tes bras travaillent autant qu’avant, ton bassin n’est pas assez près du mur.
Les trois erreurs qui l’empêchent de marcher
Tourner le mauvais pied. Tu tournes le pied opposé à la main qui part, et tu te retrouves vrillé, incapable de pousser. Vérifie toujours : même côté que la main.
Ne pas engager la hanche. Beaucoup de gens plient le genou sans faire tourner le bassin. Visuellement ça ressemble à une lolotte, mécaniquement ça n’en est pas une : le bassin reste loin du mur et les bras continuent de tout encaisser.
Rester statique. La lolotte se traverse, elle ne se contemple pas. Si tu t’installes et que tu réfléchis, tu perds le bénéfice et tu fatigues dans une position contraignante.
La mobilité, le vrai prérequis
Une lolotte propre demande de la rotation interne de hanche. Si tu n’en as pas, tu vas compenser avec le genou, et le genou n’est pas fait pour tourner.
Le test simple : assieds-toi au sol, jambes pliées devant toi, pieds écartés. Fais tomber tes deux genoux du même côté. Si ça coince nettement d’un côté, tu as une asymétrie qui se retrouvera dans ta grimpe.
Ce n’est pas une fatalité, ça se travaille. La mobilité de hanche fait d’ailleurs partie des axes qu’on mesure dans notre diagnostic, précisément parce qu’elle bloque un paquet de mouvements sans que les gens fassent le lien.
Un de nos membres nous a écrit après quelques semaines de travail dessus : « J’ai aussi remarqué avec un ami plus fort que moi que j’étais devenu un monstre en souplesse et mobilité des jambes mon pote était bien surpris ça flatte. »
Si tu as mal au genou en lolotte, arrête et vois un professionnel de santé. Ce n’est pas une douleur à pousser.
Comment la travailler
La méthode qui fonctionne le mieux, c’est la contrainte volontaire.
Prends un bloc facile pour toi, deux crans en dessous de ton niveau, en dévers léger. Impose-toi de faire chaque mouvement en lolotte, même ceux qui n’en ont pas besoin. Ce sera moche et inefficace, c’est normal, ce n’est pas le but.
Refais-le sur plusieurs séances. Au bout de trois ou quatre, tu commenceras à la déclencher sans y penser, et c’est là qu’elle devient utile : une technique ne sert que quand elle est automatique.
C’est le principe de la plupart des exercices qu’on met dans les programmes. Un membre décrivait exactement ce type de séance : « the air is lava trop chouette comme exo j’adore ». La contrainte force le geste, et le geste finit par rester.
Filme-toi. C’est le moyen le plus rapide de voir si ton bassin touche vraiment le mur, parce que de l’intérieur on a toujours l’impression d’être plus près qu’on ne l’est.
Et après
La lolotte fait partie d’un petit groupe de techniques qui débloquent beaucoup de mouvements d’un coup : lolotte, croisé, changement de pied, dülfer. Les grimpeurs qui progressent vite ne sont pas ceux qui tirent le plus fort, ce sont ceux qui ont ce répertoire disponible sans réfléchir.
Si tu ne sais pas si ton frein est technique ou physique, ne devine pas. Notre diagnostic gratuit mesure 21 axes en une dizaine de minutes et compare tes valeurs physiques à celles de plus de 900 grimpeurs. Tu sauras si tu dois travailler ton geste ou ta force, et tu arrêteras de faire des suspensions alors que ton problème est un bassin qui reste à trente centimètres du mur.
Pour la suite, va voir pourquoi je stagne en escalade et, si tu veux situer ton niveau, comprendre les cotations.
À lire aussi dans « Technique et mouvement »
Assurage en escalade : moulinette, tête et principes
La différence entre moulinette et grimper en tête, ce que fait vraiment l'assureur, et pourquoi ça ne s'apprend pas dans un article.
Dégaine escalade : à quoi ça sert et comment ça marche
Ce qu'est une dégaine, pourquoi elle a deux mousquetons différents, et le rôle exact qu'elle joue entre toi et la paroi quand tu grimpes en tête.
Préhensions en escalade : réglette, arqué, tendu, pince
Comment tenir chaque type de prise, quand utiliser l'arqué plutôt que le tendu, et pourquoi la préhension que tu évites est souvent celle qui te bloque.