Préhensions en escalade : réglette, arqué, tendu, pince

Par Yohan8 min de lecture

En bref

Quelles sont les différentes préhensions en escalade ?

Les principales préhensions sont la réglette (tenue en arqué, semi-arqué ou tendu), la pince, l'inversé, le bac et le monodoigt. L'arqué génère plus de force mais sollicite davantage les poulies. Le tendu est plus sûr sur la durée et se travaille en priorité chez les grimpeurs jeunes ou en reprise.

Dans cet article

Un grimpeur bloqué depuis des mois est très souvent un grimpeur qui n’a que deux préhensions dans les mains.

Il tient bien les bacs, il tient bien les réglettes en arqué, et dès qu’une prise sort de ces deux cases il compense avec les bras. Ça marche jusqu’au 6b, puis ça ne marche plus.

La réglette

C’est la prise fine, où seule la première phalange rentre. C’est aussi celle sur laquelle presque tout se joue à partir du 6c.

Il y a trois façons de la tenir, et la différence n’est pas cosmétique.

L’arqué. Les premières phalanges sont pliées à angle droit, la deuxième articulation remonte, le pouce vient parfois se poser sur l’index. C’est la position qui génère le plus de force sur une prise fine.

C’est aussi celle qui met le plus de tension sur les poulies des doigts. La poulie A2, à la base du doigt, encaisse des contraintes très élevées en arqué. C’est la blessure numéro un du grimpeur.

Le semi-arqué. Les doigts sont pliés mais l’angle reste ouvert, la deuxième articulation ne remonte pas. Moins de force qu’en arqué, beaucoup moins de contrainte. C’est la position par défaut à privilégier.

Le tendu. Les doigts restent quasiment droits, la force vient de la chaîne complète depuis l’avant-bras. Moins puissant sur du très fin, très efficace sur les prises moyennes et les pentes, et de loin le plus sûr pour les articulations.

Lequel travailler

Si tu débutes ou si tu reprends après une blessure : le tendu, en priorité, pendant plusieurs mois. C’est moins gratifiant et ça construit une base qui tient.

Si tu grimpes depuis deux ans et plus : les trois, mais consciemment. L’erreur classique est d’arquer par réflexe sur tout, y compris là où le tendu passerait très bien.

Un membre nous écrivait, après un travail ciblé au no hang : « j’ai réussi pour l’a première fois à me suspendre au 10 mm en semi tendu/tendu ce qui n’était jamais arrivé ». Le tendu s’entraîne, il n’est pas donné.

La pince

Tu serres la prise entre le pouce d’un côté et les autres doigts de l’autre. Ce sont les volumes, les arêtes, les prises en relief.

C’est la préhension la plus négligée, parce qu’elle ne sert presque jamais en dessous du 6b et qu’elle devient incontournable au-dessus. Le pouce des grimpeurs est en général très en retard sur le reste de la main.

Le point technique qui change tout : en pince, ce sont les pieds qui font la différence. Une pince tenue avec le corps qui pend ne tient pas. Une pince tenue avec les pieds poussés et le bassin engagé tient beaucoup plus longtemps.

L’inversé

La prise est tenue par en dessous, paume vers le haut. On la trouve sous les écailles, dans les dièdres, sous les volumes.

Elle demande peu de force de doigts et beaucoup de placement : l’inversé ne fonctionne que si tes pieds sont hauts, parce que la traction doit venir d’en bas.

C’est la préhension qui pardonne le moins l’improvisation. Si tu la prends sans avoir monté tes pieds d’abord, elle te lâche.

Le bac et le plat

Le bac est la grosse prise franche. Rien à expliquer, sauf ceci : c’est là que tu récupères. Repérer les bacs depuis le sol fait partie de la lecture de voie, et beaucoup de grimpeurs passent devant un repos sans le voir.

Le plat n’a pas de bord. Tout repose sur l’adhérence : surface de contact maximale, poignet cassé, et surtout un centre de gravité placé sous la prise. Sur un plat, c’est la position du corps qui tient, pas la main.

Le monodoigt et le bidoigt

Un ou deux doigts dans un trou. À réserver aux grimpeurs expérimentés, avec des doigts construits sur des années.

Si tu grimpes depuis moins de trois ans, évite-les autant que possible, et n’entraîne jamais dessus. Le rapport bénéfice sur risque est mauvais.

Comment savoir laquelle te manque

Le test est simple et un peu désagréable.

Va dans ta salle, choisis dix blocs deux crans sous ton niveau, et note pour chacun le type de prises dominant. Puis regarde lesquels tu évites naturellement.

Presque tout le monde découvre la même chose : on choisit ses blocs en fonction des préhensions qu’on maîtrise, sans s’en rendre compte. Et donc on entraîne ce qu’on sait déjà faire.

Une membre nous a écrit sur ce sujet : « Puis j’ai vraiment kiffé le travail psycho, ça m’a aidé à prendre beaucoup plus de confiance en les très petites réglettes et en les dalles donc semaine succès. » Le blocage sur une préhension est souvent autant mental que physique : on n’ose pas charger la prise, donc on ne la charge jamais, donc elle ne se renforce pas.

Comment les travailler

Sur le mur d’abord. Impose-toi un type de prise sur une séance entière. Une séance « pinces », une séance « inversés », une séance « plats ». C’est moche, c’est frustrant, et c’est ce qui construit le répertoire.

Au no hang ensuite, si ta force de doigts est ton frein mesuré. Il permet de charger précisément, au kilo près, sans le risque de la poutre. On en parle dans faut-il une poutre pour progresser.

Jamais à froid. Les doigts sont la structure la plus lente à s’échauffer du corps. Le protocole complet est dans l’échauffement en escalade.

Un mot sur la douleur

Une douleur vive dans un doigt pendant un mouvement, surtout avec un claquement, ce n’est pas de la fatigue. Arrête la séance et va voir un professionnel de santé.

Une gêne diffuse qui n’augmente pas après la séance est en général supportable. Une gêne qui augmente le lendemain ne l’est pas. Un membre nous écrivait : « le fait qu’elle n’augmente pas après la séance est gage que ça va sur la bonne voie ». C’est le critère qu’utilise notre coach également diplômé en ostéopathie.

Savoir si c’est vraiment tes doigts

Beaucoup de grimpeurs sont persuadés de manquer de force de doigts. Dans mon expérience, ils ont raison à peu près une fois sur trois.

Le reste du temps, le problème est ailleurs : des pieds imprécis qui font tout compenser aux mains, un bassin qui reste loin du mur, ou une lecture qui fait prendre les prises dans le mauvais ordre.

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Pour la suite : les techniques de mouvement si ton problème est plutôt gestuel, et pourquoi je stagne en escalade si rien ne bouge depuis longtemps.

Voir tout le pôle « Technique et mouvement »

Et si ton problème n’était pas la force ?

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