De la salle à la falaise : réussir sa première sortie
Par Yohan9 min de lecture
En bref
Pourquoi je grimpe moins bien en falaise qu'en salle ?
Parce que la falaise demande trois compétences que la salle ne travaille pas : trouver les prises soi-même au lieu de suivre des couleurs, faire confiance à des pieds sans relief, et gérer l'engagement au-dessus du dernier point. Un écart d'un à deux crans est normal et se réduit en quelques sorties.
Dans cet article
Tu passes du 6b en salle. Tu vas en falaise, tu prends un 6a, et tu te fais démonter.
C’est le passage obligé, à peu près tout le monde y passe, et ça n’a rien à voir avec ton niveau réel.
Les trois choses qui changent
Tu dois trouver les prises
En salle, le chemin est donné. Les prises sont d’une couleur, le reste du mur n’existe pas.
Dehors, il n’y a pas de couleur. Tu dois lire le rocher, repérer ce qui est utilisable, et parfois essayer une prise pour découvrir qu’elle ne sert à rien. Ça consomme du temps et de l’énergie, dans une position où tu es déjà en train de fatiguer.
C’est la compétence qui revient le plus vite. Deux ou trois sorties suffisent souvent à changer complètement ta lecture.
Les pieds n’ont pas de relief
C’est le point qui coûte le plus cher.
En salle, une prise de pied est un objet qui dépasse. Dehors, c’est souvent une simple aspérité, une pente, un changement d’inclinaison. Ce qui te tient est la friction, et la friction dépend de la pression que tu mets. Or, quand on n’a pas confiance, on allège le pied, donc la friction diminue, donc on glisse. Le cercle est vicieux et purement mental au départ.
Un membre nous écrivait après une sortie qu’il s’était « fait détruire par un 6a+ en dalle » alors qu’il venait de passer un 6b+ en dévers. Même grimpeur, même journée, deux mondes.
L’engagement
Entre deux points, tu es plus haut que tu ne l’es jamais en salle au-dessus d’un tapis. Le vide se ressent différemment, et le cerveau met un moment à accepter que la corde fait son travail.
Résultat, on grimpe crispé, on clippe trop tôt dans des positions coûteuses, on se sur-agrippe. On tombe de fatigue, et on conclut qu’on manque de résistance. Le diagnostic est ailleurs.
Avant la sortie : six semaines utiles
Si tu as une date, voilà ce qui rapporte le plus.
Les pieds, en priorité absolue. Pieds silencieux, décolle-recolle, et un maximum de temps en dalle si ta salle en a. Ce sont des exercices ingrats et ils changent tout dehors. Le détail est dans les exercices d’entraînement.
Le tendu plutôt que l’arqué. Le rocher a beaucoup de prises plates et arrondies. Travaille les préhensions ouvertes, voir les préhensions en escalade.
La lecture, avec le flash ou rien. Tu choisis un bloc ou une voie jamais faite, tu la lis depuis le sol, tu n’as qu’un seul essai. C’est l’exercice le plus proche de ce que tu vivras dehors.
La chute, en salle. Exposition progressive, dans un cadre contrôlé, avec un assureur avec qui tu as validé le protocole. C’est ce qui se transfère le moins complètement, et c’est mieux que rien. Voir la peur de la chute.
La résistance. Une voie de falaise est souvent plus longue qu’une voie de salle, et sans les repos évidents. Un peu de travail de continuité ne fait pas de mal.
Le jour J : les décisions qui comptent
Vise trois crans en dessous pour commencer. Tu remonteras vite si c’est facile. L’inverse te fera passer la journée à échouer et à te dévaloriser.
Pars avec quelqu’un d’expérimenté. C’est le conseil le plus important de cet article. La sécurité en falaise ne s’improvise pas : installation des relais, gestion des rappels, vérification des points, lecture des risques. Si tu n’as personne, passe par un club, la FFME, ou un professionnel diplômé.
Regarde la météo et l’orientation. Une falaise au soleil en août est injouable, la même à l’ombre est parfaite. Une falaise nord en novembre est glaciale.
Échauffe-toi plus longtemps qu’en salle. Tu es dehors, souvent au frais, avec une marche d’approche qui refroidit après coup. Le protocole est dans l’échauffement en escalade.
Accepte de faire peu de voies. Une journée de falaise, c’est souvent trois à cinq voies. C’est normal, ce n’est pas une séance de salle.
Ce que tu vas gagner
C’est la partie qu’on oublie de dire.
La falaise te rend une lecture et une précision que la salle ne développe pas, et ça se voit très vite au retour. Nos membres le décrivent régulièrement.
L’un d’eux : « en voie en extérieur j’avais jamais grimpé en tete dans le 6 donc je suis contente !! » Une autre, après un séjour : « ça fait plaisir de retrouver du caillou, on a fait de la couenne et une grande voie et aujourd’hui je passe 6a à vue à l’aise, aucunement daubé ou quoi. »
Et un membre, sur ce qui l’attendait : « Et je suis content hier en falaise pour la première fois depuis longtemps j’ai grimpé en m’engageant complètement et sans avoir la peur de la chute ! »
Le vocabulaire qui va te manquer
Quelques mots que tu vas entendre et qui ne veulent rien dire en salle.
Une couenne, c’est une voie d’une seule longueur, qu’on grimpe en moulinette ou en tête, avec un relais en haut et une descente à la corde. C’est le format le plus courant.
Une grande voie, c’est plusieurs longueurs enchaînées, avec des relais intermédiaires. Ça engage bien davantage : gestion de la corde, du matériel, du temps, et souvent une descente en rappel.
Un dégaine relie la corde au point d’ancrage. Un relais est le point de regroupement. Une plaquette est l’ancrage scellé dans le rocher.
À vue, c’est réussir une voie du premier coup sans information préalable. Flash, c’est du premier coup mais avec des informations. Après travail, c’est réussir après plusieurs essais.
Où aller pour commencer
Je ne vais pas te donner un topo, il en existe d’excellents et ce n’est pas mon métier. Ce que je peux te dire, c’est quoi chercher.
Une école d’escalade, c’est-à-dire un site équipé récemment, avec des voies courtes, de nombreuses voies faciles, et une approche courte. Ces sites existent dans presque toutes les régions, et les clubs locaux les connaissent.
Ce que je te déconseille pour une première : les sites réputés difficiles, les grandes voies, et tout ce qui demande de l’expérience en montagne.
J’ai écrit un guide dédié pour ce que demande chaque grand spot français, du point de vue de l’entraînement.
Savoir ce qui te manque vraiment
Les trois freins listés plus haut ne pèsent pas le même poids chez tout le monde. Chez certains c’est la lecture, chez d’autres les pieds, chez beaucoup c’est le mental.
Notre diagnostic gratuit mesure 21 axes en une dizaine de minutes, dont la technique de pied, la lecture de voie et la gestion du stress, comparés aux données de plus de 900 grimpeurs. Tu sauras lequel de ces trois chantiers est le tien avant de partir.
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