Cotation escalade : comprendre les niveaux (voie et bloc)

Par Yohan 13 min de lecture

En bref

Comment fonctionnent les cotations en escalade ?

En France, la difficulté d'une voie s'exprime par un chiffre de 3 à 9, suivi d'une lettre a, b ou c, et parfois d'un +. Plus le chiffre est élevé, plus c'est dur : 5c est plus facile que 6a, qui est plus facile que 6a+. Le bloc utilise la même échelle mais les niveaux ne sont pas équivalents à ceux de la voie.

Dans cet article

Tu grimpes depuis quelques semaines, quelqu’un te dit « celle-là c’est du 6a+ », et tu hoches la tête sans savoir si c’est censé être dur.

Voilà comment le système fonctionne, ce qu’il ne dit pas, et pourquoi une même cotation ne veut pas dire la même chose d’une salle à l’autre.

La règle de base

En France, la difficulté s’écrit avec trois éléments.

Un chiffre, de 3 à 9. C’est le niveau global. Le 3 correspond à une échelle avec des prises partout. Le 9 est le niveau mondial, quelques dizaines de personnes sur la planète.

Une lettre : a, b ou c. Elle subdivise le chiffre. 6a est plus facile que 6b, qui est plus facile que 6c.

Parfois un +. Il subdivise encore. 6a+ est entre 6a et 6b.

Ce qui donne cet ordre, du plus facile au plus dur :

5c → 6a → 6a+ → 6b → 6b+ → 6c → 6c+ → 7a → 7a+ → 7b

L’erreur classique du débutant, c’est de croire que 6c+ est proche de 7a+. Il y a un cran complet entre les deux (7a), et à ce niveau chaque cran demande des mois.

Autre chose qui surprend : l’échelle n’est pas linéaire. Passer de 5c à 6a prend quelques semaines. Passer de 7b à 7b+ peut prendre un an. Plus tu montes, plus chaque marche coûte cher.

Voie et bloc : même écriture, sens différent

C’est la confusion la plus fréquente, et elle est légitime parce que les deux utilisent les mêmes chiffres et les mêmes lettres.

En voie (avec une corde, sur 10 à 30 mètres), la cotation intègre la difficulté globale : les mouvements durs, mais aussi la longueur, l’endurance nécessaire, les repos disponibles.

En bloc (sans corde, sur 3 à 5 mètres), la cotation ne juge que la difficulté des mouvements. Pas d’endurance, pas de gestion d’effort.

Résultat : un 6a de bloc et un 6a de voie ne sont pas le même niveau. Le bloc est nettement plus exigeant à cotation égale. Quelqu’un qui grimpe du 6c en voie ne fera pas forcément du 6c en bloc, souvent plutôt du 6a ou 6b.

En bloc, on utilise aussi beaucoup l’échelle de Fontainebleau, qui s’écrit pareil mais avec parfois juste un chiffre et un + (4+, 5, 6a, 7a). Sur les topos de Bleau, tu verras aussi des couleurs de circuits, qui indiquent un niveau moyen de parcours et pas la difficulté d’un bloc précis.

Les couleurs en salle : ce n’est pas une cotation

Voilà le point qui perd tout le monde, et il mérite d’être clair.

Dans la plupart des salles de bloc, les blocs sont classés par couleur, pas par cotation. Vert, bleu, rouge, noir, ou n’importe quelle autre suite selon la salle.

Ces couleurs ne sont pas une échelle universelle. Chaque salle définit la sienne. Une rouge chez Arkose, une rouge chez Climb Up et une rouge dans ton club local ne correspondent pas au même niveau, et l’écart peut atteindre un cran complet.

Il y a une raison à ça : la salle ne cote pas pour te comparer au reste de la France, elle cote pour organiser sa progression interne et faire tourner ses ouvertures. Une couleur te dit « c’est plus dur que la précédente dans cette salle », rien de plus.

Concrètement :

  • Si tu veux savoir où tu en es dans ta salle, les couleurs suffisent.
  • Si tu veux te comparer à quelqu’un d’autre, ou te préparer à sortir en falaise, il te faut une cotation, pas une couleur.

La plupart des salles affichent quand même une correspondance indicative en cotation. Prends-la comme une indication, pas comme une mesure. Si tu veux le détail enseigne par enseigne, j’ai rassemblé les échelles de couleurs des grandes chaînes françaises dans cotation en bloc : couleurs et équivalences par salle.

Les tableaux de conversion

Les équivalences ci-dessous sont approximatives. Elles font consensus dans les grandes lignes et sont discutées dans les détails, notamment aux extrêmes. Tous les convertisseurs sérieux le précisent, celui-ci aussi.

Tu peux aussi utiliser notre convertisseur de cotations escalade : tu choisis ta cotation, il te donne toutes les équivalences d’un coup.

Tableau des cotations d'escalade en voie : équivalences entre l'échelle française (3 à 9a), américaine YDS, UIAA et australienne
Les cotations en voie, du 3 au 9a, avec les équivalences américaine, UIAA et australienne.

Voie : France, États-Unis, UIAA, Australie

France États-Unis (YDS) UIAA Australie
3 5.4 III 11
4a 5.5 IV 12
4b 5.6 IV+ 13
4c 5.7 V 14
5a 5.7 V+ 15
5b 5.8 VI- 16
5c 5.9 VI 17
6a 5.10a VI+ 18
6a+ 5.10b VII- 19
6b 5.10c VII 20
6b+ 5.10d VII+ 21
6c 5.11b VIII- 22
6c+ 5.11c VIII 23
7a 5.11d VIII+ 24
7a+ 5.12a IX- 25
7b 5.12b IX- 26
7b+ 5.12c IX 27
7c 5.12d IX+ 28
7c+ 5.13a X- 29
8a 5.13b X 30
8a+ 5.13c X+ 31
8b 5.13d XI- 32
8b+ 5.14a XI 33
8c 5.14b XI+ 34
8c+ 5.14c XII- 35
9a 5.14d XII 36

Bloc : Fontainebleau vers échelle V

Tableau des cotations de bloc : équivalences entre l'échelle de Fontainebleau et l'échelle V américaine, du 3 au 8a+
Les cotations de bloc, échelle de Fontainebleau et échelle V.
Bleau Échelle V Palier Kaskad
3 - Débutant
4 VB Débutant
4+ V0 Débutant
5A V1 Amateur
5B V2 Amateur
5C V2 Amateur
6A V3 Avancé
6A+ V3 Avancé
6B V4 Avancé
6B+ V4 Avancé
6C V5 Confirmé
6C+ V6 Confirmé
7A V6 Confirmé
7A+ V7 Confirmé
7B V8 Pro
7B+ V8 Pro
7C V9 Pro
7C+ V10 Pro
8A V11 Monstre
8A+ V12 Monstre
8B V13 Monstre
8B+ V14 Monstre
8C V15 Monstre
8C+ V16 Monstre
9A V17 Monstre

La troisième colonne est notre palier interne. Il sert à parler du niveau sans se noyer dans les crans.

Lire une cotation étrangère sans se tromper

Les trois échelles du tableau ne se lisent pas du tout de la même façon.

L’américaine (YDS) s’écrit 5.10a. Le « 5 » ne varie jamais : il désigne la classe du terrain, celle où il faut grimper avec les mains et une corde. Ce qui compte, c’est ce qui suit le point. Donc 5.9 est plus facile que 5.10a, et 5.11 plus dur que 5.10, même si 9 est plus petit que 10. À partir de 5.10, chaque niveau se subdivise en a, b, c, d.

L’UIAA s’écrit en chiffres romains, avec des + et des -. C’est l’échelle qu’on croise en Allemagne, en Autriche et en Suisse alémanique.

L’australienne est un simple nombre qui monte sans subdivision : 18, 19, 20. C’est la plus facile à lire des trois.

Un point commun à toutes : elles sont ouvertes par le haut. Aucune n’a de plafond défini. Chaque fois que quelqu’un a grimpé plus dur que ce qui existait, on a ajouté un cran.

C’est quoi un bon niveau en escalade ?

C’est la question qui revient le plus, et la réponse honnête est qu’elle n’a pas de sens toute seule.

Un bon niveau dépend de ce que tu veux faire. Pour enchaîner la plupart des voies équipées en falaise en France, le 6a ouvre déjà énormément de terrain. Pour te faire plaisir à Fontainebleau sur les circuits les plus fréquentés, le 5 suffit largement. Pour accéder aux voies mythiques des grands sites, il faut souvent viser le 7a.

Trois repères plus utiles qu’un classement :

  • Ton niveau à vue compte plus que ton meilleur enchaînement après dix séances de travail. C’est lui qui dit ce que tu sais faire.
  • L’écart entre ton niveau en salle et en falaise en dit long sur ta technique de pied et ta lecture. Un à deux crans, c’est normal. Plus, c’est un chantier.
  • L’écart entre la moulinette et la tête mesure ta tête, pas tes bras.

Et si tu veux une projection de ce que tu peux atteindre, on l’a construite à partir des profils de nos membres dans quel niveau avec un coaching escalade.

Un cas où la barre est écrite noir sur blanc : les diplômes d’encadrement. Elle va du 5c de l’initiateur SAE au 7a du DEJEPS, avec des conditions de réussite très différentes. Tout est comparé dans le niveau requis pour être moniteur d’escalade.

Pourquoi la même cotation change d’un endroit à l’autre

Tu passes un 6b dans ta salle, tu vas en falaise, tu te fais démonter par un 6a. Ce n’est pas toi, c’est normal, et il y a plusieurs raisons.

Le style. Une cotation résume une difficulté globale, pas un type d’effort. Un 6c en dalle sur petits pieds et un 6c en dévers sur bonnes prises demandent des qualités opposées. Si l’un est ton style, tu le trouveras facile, et l’inverse pour l’autre.

La salle contre la falaise. En salle, les prises sont grosses, colorées, et le chemin est indiqué. Dehors, tu dois trouver les prises avant de les utiliser, et elles sont souvent moins franches. Un décalage d’un cran entre salle et falaise est fréquent, et un membre nous écrivait après une sortie qu’il s’était « fait détruire par un 6a+ en dalle » alors qu’il venait de passer un 6b+ en dévers.

L’ouvreur. Une voie est cotée par la personne qui l’ouvre, avec sa morphologie et son style. Deux ouvreurs différents dans la même salle ne cotent pas pareil.

L’ancienneté. Les voies historiques d’une falaise sont souvent cotées « à l’ancienne », c’est-à-dire plus sévèrement. Les topos le signalent parfois.

Combien de temps pour gagner une cotation

C’est la vraie question derrière la cotation, alors autant y répondre avec des données plutôt qu’au feeling.

Voilà ce qu’on observe sur nos membres accompagnés. Ce sont des estimations issues de notre accompagnement, pas des garanties, et notre échantillon n’est pas représentatif de la population générale.

Niveau de départ Une cotation de plus
Jusqu’au 6b+ quasi acquise à 3 mois
6c à 7a probable à 3 mois, sûre à 6 mois
7a+ à 7b probable à 3 mois, sûre à 9 mois
À partir du 7b+ probable à 6 mois, sûre à 9 mois

Le principe derrière ces chiffres est celui de l’échelle non linéaire vu plus haut : chaque cotation coûte plus cher que la précédente.

Pour la majorité de nos membres qui démarrent entre 6b et 7a, la première cotation supplémentaire arrive en six semaines environ. J’ai détaillé les ordres de grandeur par tranche dans combien de temps pour prendre une cotation.

Ce que la cotation ne dit pas

C’est le point que je voudrais que tu retiennes si tu ne retiens qu’une chose.

La cotation est un indicateur en retard. Elle bouge après tout le reste. Tu peux progresser réellement pendant deux mois sans que ton chiffre change, puis prendre un cran d’un coup.

C’est pour ça que juger sa progression uniquement au chiffre est décourageant et faux. Une de nos membres l’a très bien formulé : « Pas de gros changements mais je n’ai plus peur d’aller vers des rouges et de les tester. » Son niveau affiché n’avait pas bougé. Son comportement, si. Le niveau a suivi ensuite.

Un autre écrivait : « Pas de gros changements pour le moment mais je sens que je m’améliore ! » Il avait raison, et le chiffre est arrivé plus tard.

La cotation ne dit rien non plus de comment tu passes une voie. Passer un 6c en s’épuisant sur chaque prise et le passer proprement, c’est le même chiffre pour deux niveaux réels très différents. Le second continuera de progresser, le premier va plafonner.

Comment savoir où tu en es vraiment

Si tu veux un repère plus fiable que ta couleur de salle, il faut regarder tes qualités une par une plutôt qu’un chiffre unique.

C’est ce que fait notre diagnostic : il mesure 21 axes (technique, force, mobilité, mental, récupération) et te donne un niveau maximum théorique, c’est-à-dire le niveau que ton profil physique et technique permet aujourd’hui. Tes mesures sont comparées à celles de plus de 900 grimpeurs.

Quand ce niveau théorique est nettement au-dessus de ton niveau réel, c’est une bonne nouvelle : tu as déjà le moteur, il te manque autre chose, en général de la technique ou du mental. Quand il est au même niveau, c’est le physique qu’il faut construire.

Le diagnostic prend une dizaine de minutes et il est gratuit. Tu ressors avec ton radar, que tu continues avec nous ou non.

Et si tu veux la méthode complète pour faire monter ce chiffre, elle est dans comment progresser en escalade. Si ton niveau stagne depuis des mois, commence plutôt par pourquoi je stagne en escalade : le problème est rarement là où on le croit.

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