Escalade bloc ou voie : lequel choisir pour progresser
Par Yohan7 min de lecture
En bref
Vaut-il mieux faire du bloc ou de la voie en escalade ?
Le bloc développe la force maximale, l'explosivité et le répertoire de mouvements. La voie développe la résistance, la gestion de l'effort et le mental. Si tu débutes, le bloc progresse plus vite car les séances sont plus denses. Pour un grimpeur bloqué, le meilleur choix est presque toujours celui qu'il pratique le moins.
Dans cet article
C’est une des premières questions qu’on se pose, et la réponse courte est décevante : les deux, et surtout celui que tu fais le moins.
Mais il y a des nuances qui valent la peine, notamment si tu as un objectif précis ou peu de temps.
Ce qui les sépare vraiment
Le bloc, c’est 3 à 5 mètres, sans corde, au-dessus de tapis. Quatre à dix mouvements, très durs, avec des repos longs entre les essais.
La voie, c’est 10 à 30 mètres, avec une corde. Vingt à cinquante mouvements, moins durs individuellement, mais enchaînés sans possibilité de vraiment se reposer.
De là découle tout le reste.
Le bloc te met face à des mouvements que tu ne sais pas faire. Tu essaies, tu tombes, tu réessaies. Ta progression vient de la force maximale et du répertoire gestuel.
La voie te met face à des mouvements que tu sais faire, mais dans un état de fatigue croissant. Ta progression vient de la résistance, de la gestion de l’effort et de la capacité à rester lucide quand les avant-bras brûlent.
Ce sont deux problèmes différents. C’est pour ça que quelqu’un peut être très bon dans l’un et moyen dans l’autre.
Les cotations ne se comparent pas
Point important, et source de beaucoup de frustration.
Le bloc et la voie utilisent la même écriture (6a, 6b, 7a) mais pas la même échelle. Le bloc est nettement plus exigeant à cotation égale.
Quelqu’un qui passe du 6c en voie fera souvent du 6a ou 6b en bloc. Ce n’est pas une régression, ce sont deux disciplines.
Ne convertis donc jamais ton niveau de l’un vers l’autre. Le détail des deux systèmes est dans l’article sur les cotations, et les équivalences par salle dans cotation en bloc et couleurs.
Ce que chacun développe
Le bloc
Force maximale et explosivité. C’est là que tu construis la capacité à faire un mouvement que tu ne pouvais pas faire.
Répertoire de mouvements. Lolotte, croisé, jeté, talon, compression. Le bloc te force à les apprendre parce que tu ne peux pas les contourner.
Lecture fine. Sur quatre mouvements, chaque détail compte : l’angle du pied, la position du bassin, l’ordre des prises.
La voie
Résistance. La capacité à continuer quand ça brûle. Elle ne se travaille presque pas en bloc.
Gestion de l’effort. Savoir grimper vite dans le facile et lent dans le dur, repérer les repos, respirer. C’est une compétence à part entière.
Mental et engagement. Être à quinze mètres du sol change tout. Un membre nous écrivait après une sortie : « l’appréhension du vide n’est vraiment pas pareil ».
Lecture globale. Lire une ligne de trente mouvements depuis le sol, repérer où secouer et où enchaîner.
Comment choisir
Si tu débutes
Commence par le bloc. Pas parce qu’il est meilleur, mais parce qu’il est plus pratique : pas besoin de partenaire, pas de matériel, pas d’apprentissage de l’assurage avant de pouvoir grimper. Et les séances sont plus denses en mouvements, donc la technique de base s’installe plus vite.
Ajoute la voie quand tu as six mois à un an de pratique et l’envie de sortir en falaise.
Si tu es bloqué
Fais celui que tu pratiques le moins. C’est le conseil le plus fiable de cet article.
Un grimpeur de bloc qui stagne manque presque toujours de résistance et de gestion d’effort. Un grimpeur de voie qui stagne manque presque toujours de force maximale et de répertoire.
Une membre nous a écrit à ce sujet : « Ca m’a bien fait gainé mais ça m’a vraiment fait kiffer. Oui oui je commence à prendre du plaisir à travailler dans mon anti-style. » C’est en général le moment où le plateau se débloque.
Si tu as un objectif précis
Objectif en falaise sur des couennes ? La voie domine, mais garde une séance de bloc par semaine pour la force.
Objectif à Fontainebleau ou en bloc extérieur ? Le bloc domine, mais la voie reste utile pour le volume et l’endurance générale.
Objectif de compétition ? Cela dépend du format, et là il faut regarder le règlement avant de programmer quoi que ce soit.
Si tu as peu de temps
Le bloc est plus rentable à l’heure. Une séance efficace tient en une heure, sans partenaire, sans temps d’installation.
C’est le principal argument pratique, et il pèse lourd quand on travaille.
Le mélange qui fonctionne le mieux
Pour la plupart des grimpeurs adultes entre le 6a et le 7b, la répartition qu’on utilise le plus souvent est :
- Deux séances de bloc pour la force et le geste
- Une séance de voie pour la résistance et le mental
Et on inverse quand l’objectif est clairement orienté falaise, ou quand le diagnostic montre un déficit marqué de résistance.
Si tu ne peux faire qu’une seule discipline, ce n’est pas grave. La progression vient de la structure de tes séances bien plus que du choix bloc ou voie. J’en parle dans comment construire un programme d’entraînement.
Ce qui décide vraiment
Franchement, le facteur numéro un n’est ni l’un ni l’autre : c’est ce que tu vas faire régulièrement pendant six mois.
Si le bloc t’ennuie, tu n’iras pas. Si la voie te stresse, tu trouveras des excuses. Un plan moyen suivi six mois bat un plan parfait abandonné en trois semaines.
Choisis d’abord ce qui te donne envie d’y retourner, puis corrige le déséquilibre en ajoutant une séance de l’autre.
Savoir lequel te manque
Plutôt que de deviner, tu peux mesurer.
Notre diagnostic gratuit évalue 21 axes, dont la force maximale, la résistance, le répertoire technique et le mental, comparés aux données de plus de 900 grimpeurs. En une dizaine de minutes, tu vois lequel de ces blocs est en retard chez toi.
Si ta résistance est nettement sous ta force, la voie te débloquera plus vite. Si c’est l’inverse, c’est le bloc. Ça évite six mois d’hésitation.
Pour la suite : pourquoi je stagne en escalade si ça ne bouge plus, et progresser en escalade en salle si tu ne sors jamais dehors.
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